Edito

Intimité

Six ans après sa création, la nouvelle édition du festival des Traversées du Marais va se tenir dans un contexte totalement inédit. Choisi bien avant le confinement lié à l’épidémie de Covid-19, le thème de cette 6è édition n’en a pas moins trouvé un écho significatif avec cet épisode de repli sur soi que plus de la moitié de la population mondiale aura vécu au cours de cette année.

L’intimité est un sujet inépuisable, à la fois profondément individuel et universel. Il est un besoin fondamental de l’être humain. L’art, par essence, est cet acte privilégié qui cherche à révéler, traduire, attraper cette part d’intimité ou autrement dit, ce qui est le plus en dedans, ce qui est au cœur, ce qui est au plus profond. C’est aussi cet espace de vulnérabilité, de fragilité mais aussi de sincérité que chacun porte en soi, que l’art convoque et auquel il s’adresse.

Le caractère obligatoire du confinement n’aura pas été vécu par tous de la même façon. Quelles qu’aient été les conditions de ce cloisonnement, chacun aura fait durant cette période, d’une façon ou d’une autre, l’expérience de la confrontation à soi-même, que provoque inévitablement une crise aussi singulière.

Espérons qu’elle ait été une source d’enrichissement pour chacun, qu’elle nous permette d’en sortir grandis, de façon personnelle mais aussi collective. C’est donc dans ce contexte particulier que s’est élaborée cette 6e édition. La fermeture des lieux culturels et l’arrêt de toutes les programmations autres que virtuelles ont conduit par nécessité certaines structures à repenser et adapter leur programmation, avec l’inconnu du court terme.

De leur côté, les artistes ont expérimenté d’autres pratiques de leur art et d’autres modes de partage, d’autres façons de créer, que permettent les nombreux outils numériques, pour rester malgré tout en relation et maintenir un lien même virtuel entre les personnes. Peut-être verrons-nous des traces de ces expérimentations dans la programmation ?

Les Archives nationales ont l’honneur de coordonner cette 6e édition. Souhaitons qu’à la rentrée ce temps fort du festival des Traversées du Marais soit un moment privilégié pour reprendre pied dans la réalité, pour retrouver le goût du « être ensemble » qui nous aura fait défaut.

La diversité des lieux qui participent chaque année au festival crée autant d’espaces à découvrir autour des formes variées de ces intimités, à la fois singulières mais porteuses de désirs profonds communs.

Je remercie toutes les structures qui ont fait en sorte de maintenir ou d’adapter leur programmation ; quant à celles qui n’auront pu le faire, nous les savons engagées dans la réussite de ce festival et saurons compter sur leur soutien. C’est la force de cette manifestation, qui se construit à plusieurs, dans le respect de la diversité des identités de chacun.

Enfin, je souhaite la bienvenue à l’Institut d’études avancées de Paris qui rejoint cette année le réseau.

Je vous souhaite à toutes et tous une bonne rentrée et un très beau festival.

 

Bruno Ricard

Directeur des Archives nationales